In memoriam Etienne RENAUD


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Homélie sépulture Etienne Renaud, Père Raphaël Deillon


(Evangile des disciples d'Emmaüs, Luc 24, 13-35)

« Ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé. Or tandis qu'ils parlaient, Jésus lui-même s'approcha et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés et ils ne le reconnaissaient pas… »

C'est lorsque quelqu'un meurt que l'on reconnaît vraiment tout ce qu'il a été pour nous. Et quand cette personne est habitée par la présence de Dieu, c'est la présence de Dieu qui nous apparaît dans ses gestes, ses paroles. N'est-on pas tous destinés à être des reflets de la bonté de Dieu dans ce monde qui en a tant besoin ?

Or, de tous les témoignages que l'on a pu recevoir du P. Etienne jusque là, tous parlent de cette bonté qui émanait de lui. Il était de ces visages qui ne laissent personne indifférent. Ses relations, il les vivait si profondément, si intensément que je ne peux pas ne pas penser à cette parole de St Jean parlant du regard de Jésus sur le jeune homme riche: "il le regarda et l'aima". En quelques mots tout est dit.
Quelqu'un nous a écrit: « D'Etienne me reste gravé son visage, sa grande humanité, son œil vif … Qui n'a pas rencontré son œil vif: "il le regarda et l'aima".
Et non seulement son regard mais son geste fraternel et chaleureux. Qu'est ce qu'ils s'embrassent les Marseillais, eh bien Etienne les a tous battus. Il embrassait largement, généreusement, attentivement, pour saluer, pour soulager, pour compatir, pour aider…Un vrai pasteur de proximité

"Tu es bien le seul à ignorer les événements de ces jours-ci, nous dit l'Evangile.
- Quels évènements ?
- Eh bien ce qui est arrivé à cet homme, c'était un prophète devant Dieu par ses actes et ses paroles …"

Etienne était la simplicité même nous dit un autre message de condoléances. Instinctivement, on était conquis, séduit par lui. Il ne faisait pourtant rien pour çà, c'était seulement lui et Celui qui l'habitait. 
Oui, jusqu'au bout il aura été un leader tout en restant un serviteur, à la hauteur des grands et au pied des petits, connaisseur de la religion de l'autre et tellement respectueux de leur foi. Je me suis toujours demandé comment il arrivait à tenir avec autant d'aisance ce mouvement constant d'équilibriste. Mais je sais qu’il en trouvait la force en Dieu dans la prière.

"Quelques-uns sont allés au tombeau; mais lui ils ne l'ont pas vu… Il leur a dit alors: "Vous n'avez donc pas compris! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu'on dit les prophètes…"

On avait tant espéré le voir revenir. On l'avait vu la veille à l'hôpital, il riait de son mal, il voulait espérer. Il se réjouissait de pouvoir à nouveau marcher, respirer normalement, aimer, aider… Mais le lendemain, un malaise… Le voisin de chambre a voulu appeler les infirmières. "Non, ne les dérangez pas"… Ce fut ses derniers mots: ne pas déranger. Laisser Dieu faire sa volonté, donner sa vie pour que d'autres en vivent. Tant de traces de l'amour de Dieu nous apparaissent en pleine lumière aujourd’hui : son sourire permanent, sa bonne humeur quoiqu'il arrive, son détachement des honneurs de ce monde, son sac toujours le plus petit possible, pour voyager léger et Dieu sait s’il a voyagé.
Ses petits neveux ne s'y sont pas trompés. Ils auraient aimé qu'on choisisse l'évangile du semeur car dans sa famille, il en a semé des graines d'amour, de paix, d'espoir, de réconciliation. C’était un rassembleur.

"Alors leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards…. C'est vrai il est ressuscité."

Et maintenant qu'il a laissé en nous les semences de la vie éternelle, ces retraites prêchées avec l'abondance de son cœur et la force de son expérience, ces conférences fouillées pour aller au plus près de la vérité, ces lettres bien tournées pour émouvoir l'administration au nom d’un pauvre des cités, son énergie à prêter sa science à ceux qui n'ont pas eu la chance d'apprendre à lire ni à écrire, son souci de fidélité aux amitiés par-dessus les frontières, au-delà des religions, c’est à nous de continuer à faire pousser cette semence.

Un immense merci à vous amis musulmans venus nous soutenir dans la peine et accompagner notre frère et votre frère. Vous connaissez ce proverbe en arabe: Bein chidda wa eddik, ta’arf el ‘edou’ min essaddiq, que je résume en ces mots, c’est dans les moments de peine que tu reconnais tes vrais amis. Et je termine avec ces mots d’espérance envoyés par l’un d’entre vous: « Etienne était un artisan de paix, un trait d'union entre nos deux confessions chrétienne et musulmane. Son décès laisse un grand vide. Mais son Seigneur l'a rappelé à Lui en plein mois de Chà’abàn qui précède le mois béni de Ramadan. Un signe de bienveillance de son Seigneur à son égard. Car les bien-aimés de Dieu ne terminent en beauté leur mission sur la terre que pour servir d’exemples aux survivants. »

Maintenant qu'il a laissé en nous les semences de la vie éternelle, c'est à nous de comprendre qu'il avait depuis longtemps donné sa vie et qu'il n'attendait que le signe du Maître pour accomplir sa dernière volonté.
C'est à nous de comprendre qu'il a toujours puisé ses forces dans celles du Christ ressuscité et qu'avec lui il est aujourd'hui ressuscité.
C’est à nous de comprendre qu’un jour aussi nous serons rappelés et heureux serons-nous d’avoir un sourire, une lumière, un œil vif à présenter.

Etienne tu nous as tant donné que tu nous as appris à donner. Amen, Amin

Père Raphaël Deillon


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